Méditation Vipassana Pushkar Danger

Bonjour à tous, j’ai eu l’occasion de participer à un stage Vipassana à Pushkar (Inde) il y a de ça 9 mois et malheureusement j’ai eu une expérience atroce. Je souhaite la partager afin de mettre en garde sur certaines pratiques.

Introduction :

Pour ceux qui ne connaissent pas cette méditation il s’agit de méditer 10h30 par jour pendant 10 jours en suivant une méthode bien particulière. Il y est interdit de parler, d’écouter de la musique, de chanter, de courir, vous devez vivre au ralenti, et au début de la session il est obligatoire de donner ses affaires personnels, livres, argent, porte-monnaie, téléphone, passeport, etc.

J’ai participé à la session du 23 ou 24 janvier 2013 et je suis resté 6 jours, au bout desquels j’ai décidé de partir.

Le 1er jour les règles ont été mises en place, nous avons donné notre matériel etc qu’ils conservaient dans un coffre. Nous étions 8 garçons, 6 filles et avons pu discuter tranquillement. Nous avons ensuite été installés dans des petites maisonnettes, les hommes et les femmes étaient séparées. Et puis l’après-midi les cours ont commencés.

Voici l’emploi du temps :

4:00 am            Morning wake-up bell
4:30-6:30 am         Meditate in the hall or in your room
6:30-8:00 am         Breakfast break
8:00-9:00 am         Group meditation in the hall
9:00-11:00 am         Meditate in the hall or in your room according to the teacher’s instructions
11:00-12:00 noon         Lunch break
12noon-1:00 pm         Rest and interviews with the teacher
1:00-2:30 pm         Meditate in the hall or in your room
2:30-3:30 pm         Group meditation in the hall
3:30-5:00 pm         Meditate in the hall or in your own room according to the teacher’s instructions
5:00-6:00 pm         Tea break
6:00-7:00 pm         Group meditation in the hall
7:00-8:15 pm         Teacher’s Discourse in the hall
8:15-9:00 pm         Group meditation in the hall
9:00-9:30 pm         Question time in the hall
9:30 pm         Retire to your own room–Lights out

Je vais tenter d’être le plus concret possible et cela sera très difficile car les sensations que j’ai perçu lors des méditations s’apparentent probablement à celles de l’hypnose et clairement à celles d’une prise de drogue, et plus particulièrement de champignon hallucinogène ou de LSD.

Le principe de méditation est enseigné par S.N. Goenka par cassette audio (ou disons plutôt iPad et enceintes dernière génération) tout le long de la journée et par vidéo le soir pour un cours d’1h30. Il vous demande de vous asseoir de façon à l’aise, de fermer les yeux, afin « que la beauté ne rentre pas en compte », et de tout simplement respirer. Vous devrez vous concentrer sur l’écoute de votre respiration et sentir l’air passer dans vos narines. La difficulté étant que certaines pensées surgissent incessamment « ahah et si mes amis me voyaient » par exemple, et vous perdez votre concentration, vous devez alors vous re-concentrer. Je tiens à insister sur ce point, car cette concentration permanente est particulièrement éprouvante, et afin de jouer le jeu à fond pour profiter de cette expérience je l’ai fait très sérieusement, peut être un peu trop.

Au fil des 2-3 premiers jours vous devrez vous concentrer sur différentes parties du nez, l’intérieur des narines, le bas de vos narines, sentir par exemple la différence de température entre l’air que vous inspirez et que vous expirez. Au bout des 3 jours en général vous arriverez à faire en sorte que votre attention soit aiguisé et à moins vous laisser distraire par vos pensées. Puis on vous demandera de placer votre attention sur toutes les parties de votre corps de façon organisée, le haut de votre crane, votre visage, la nuque, les épaules etc jusqu’aux pieds puis remonter jusqu’au crane et ainsi de suite.

La descente aux enfers :

Venons en aux faits. Tout se fait très doucement, j’ai plongé au fil des jours dans une sorte de transe. Accompagné de l’enseignement de Goenka qui vous parle de dieu chaque soir j’ai commencé à me poser des questions sur ce qui était en train de se passer (je suis pourtant athéiste), j’ai perdu petit à petit la notion de la réalité tout en sombrant de façon simultanée dans une sorte de paranoïa. Au fil des jours j’ai senti des choses de plus en plus hors du commun, au 6ème jour je sentais par exemple une sorte de boule de chaleur très dense me parcourir le corps et plus particulièrement au niveau de la colonne vertébrale, de quoi vous faire perdre la tête. De manière plus général je ressentais un flux d’énergie qui parcourait mon corps.

Je me suis convaincu de rester jusqu’au moment où j’ai senti que je perdais totalement la tête, au bout des 6 jours de torture quotidienne que j’infligeais à mon corps, où les muscles entier de mon corps étaient sans arrêt sollicités et contractés, j’ai eu une hallucination très intense qui a duré environ 2-3 secondes. Il n’est pas forcément nécessaire que je parle de ce que j’ai vu, elle est sans grand intérêt et je pense que c’était tout simplement un message de détresse de mon cerveau pour me dire d’arrêter ce que j’étais en train de faire, l’important est que cette hallucination était incroyablement réel et palpable et donc très effrayante. Le fait de rester en tailleur, le dos bien droit, tout en se concentrant de façon très intense toute la journée est particulièrement éprouvant psychologiquement. Au lieu de lever le pied et de laisser mon esprit vagabonder un peu de temps en temps pour me détendre je continuais comme si j’étais accro à cette sensation d’ultra concentration, j’avais aussi la voix de Goenka qui résonnais en moi à cause des bandes sons qu’on nous passait toute la journée « You are bound to be succesfull, bound to be successfull… ». J’étais en permanence concentré sur mon corps, ça m’amusait de sentir tout de façon plus intense, je voulais voir jusqu’où est-ce qu’on pouvait aller. Ma vue s’était même amélioré, je n’avais plus besoin de porter mes lunettes, j’étais (et le suis toujours) pourtant myope -1,5, ma vue s’est dégradée pour revenir à son stade initial dans les semaines qui ont suivie le cours.

Le début du périple :

Mais après cette hallucination je suis parti trop loin et il m’a été très difficile de revenir. Je vais abréger sur le contenu des délires qui ont suivi et tenter de faire concis. Je suis allé voir le « teacher » en lui demandant ce qu’il m’était arrivé, il m’a répondu « vous savez mon fils, dans la vie, on expérience beaucoup de choses ». Ce n’était pas faux, mais ça ne m’a pas vraiment aidé à remettre les pieds sur terre. Ce soir là j’ai tenté de me reposer, de dormir, mais je n’arrivais pas à arrêter de contrôler mes pensées, j’étais attentif à tout. J’ai eu plusieurs délires, et une petite hallucination elle aussi très effrayante, mais surtout énormément d’interprétations erronées du réel, par exemple :

un animal passe devant moi > cet animal est un esprit envoyé par dieu pour me saluer,

le chant religieux par Goenka que le « teacher » nous passait en boucle et que j’avais finis par connaître par coeur > si on le chantais d’une certaine façon on atteindrais la « vérité ultime »,

il y a des moustiques dans ma chambre > ce sont des gens qui se sont transformés en moustique pour nous pomper « notre essence vitale dégagé par la méditation » pendant qu’on dors.

Voilà pour le dire simplement j’ai complètement perdu le contact avec la réalité. Après 2-3 heures de délire je me suis calmé et j’ai décidé de quitter le centre au matin pour pouvoir prendre du repos et rentrer ensuite en France. Il me restait un petit livre dans mon sac que j’avais oublié de donner au début de la session, la couverture était coloré et de « lire » était un pur plaisir pour mon cerveau, je met le mot lire entre guillemet car je n’arrivais pas à donner de sens à ce que je lisais, ce n’était que des mots singuliers qui me rappelais certaines choses mais je n’arrivais pas à assembler les mots et les phrases ensemble pour comprendre ce que disait l’auteur.

Cela m’a beaucoup aidé à me calmer, et après une première nuit blanche (2 autres ont suivies) je me suis débrouillé pour quitter le centre. J’ai dit au revoir aux autres méditateurs avant qu’ils ne partent pour la première méditation du matin, ils avaient aussi l’air perturbé sauf un espagnol qui avait l’air de tenir le coup. Partir du centre n’a pas été simple, j’ai du passer par plusieurs protocoles où à chaque étape on essayait de me convaincre de rester, j’ai remplir un papier dédouanant le centre de toute responsabilité si il m’arrivais quelques chose. Lorsque j’ai du écrire j’avais beaucoup de mal à former les lettres, j’avais l’impression de ne plus savoir le faire.

Sortie du centre et 1ère tentative de reconnexion avec la réalité :

J’étais euphorique et heureux de pouvoir enfin parler, discuter, vivre. J’ai pris une voiture et j’ai décidé d’aller dans un hôtel qui se situais vers le centre ville proche de l’arrêt des bus car il avait un jardin magnifique et très important évidement : le wifi. Pour faire court, le patron de l’hôtel a compris dans quel état était j’étais, et soit il a tenté de me faire redescendre sur terre, soit il a fait exprès de me faire décoller encore plus haut, je n’ai pas la réponse.

Après une longue discussion en après-midi où tout me paraissais fluide avec lui, mes propos incohérent ne l’inquiétais pas, il m’a dit que cet hôtel, de son grand-père, son père et lui avait 100 ans, et il m’a demandé, « et toi, quel âge as tu ? »

J’étais surpris par la question, je donne mon âge, 22 ans. Puis étrangement il me repose la même question, comme si il n’avais pas été satisfait par la réponse, je lui donne une nouvelle fois mon âge en me demandant ce qu’il lui passe par la tête. Je commence à délirer et à me dire qu’il y a peut être un sens caché a sa question. Après m’avoir posé une troisième fois la question je lui répond : « 27 ans », dans mon délire je pensais qu’il souhaitais savoir mon age « d’âme » ou de « conscience » je ne sais pas trop quel fantasme j’ai inventé sur le moment.

Il me dit « très bien, souhaite tu rencontrer The Doctor ? », toujours en délire je me dit que c’est un sage ou un maître qui m’apprendra plein de choses comme dans les films et puis que je deviendrais un sur-homme ou moi aussi un sage etc. J’hésite puis je lui dit oui. Il me dit « retrouve moi à 20 heures, tu prendra une pause de 10 minutes 20 minutes avant l’heure », je lui répond très bien et part dans un délire complétement fou. Je remonte dans ma chambre, prends ma clé dans la main et là c’est parti pour du délire brut et dur : que signifie cette clé ? est-ce un message ? que dois-je faire ? je me retourne et voit au sol comme il y a dans beaucoup d’hôtel en Inde des grilles permettant d’apercevoir le rez de chaussé au travers : c’est le lieu de l’épreuve, je vais être testé par dieu, soit attentif. C’est parti pour de la transe, des danses chamaniques, de la résolution d’énigme imaginaire, des simulations de combat pour « prouver ma force ». Bref, la crème de la crème.

Craquage psychologique, le point de non-retour :

Au bout d’environ 2 heures de délire, exténué, (et ayant passé une première nuit blanche) je demande au patron « quel heure est t’il », et il me dit « il est l’heure ». Ni une ni deux je descend et il m’amène sur sa moto dans le restaurant d’un de ses amis, il tente de me faire manger et me regarde perplexe, il me donne du sel à gouter, du poivre, comme pour me faire réagir. On retourne à l’hôtel, je profite de la balade en moto et sur le chemin il me montre une petite « pharmacie » (bon à l’indienne du coup ceux qui sont déjà allé en Inde me comprendrons sur les guillemets) en me disant « you want the doctor ? you want tablets ? you feel ok ? », cela ne me fait pas redescendre sur terre de comprendre qu’il me parlait d’un vrai docteur, je lui dit que ça va et on rentre. On s’assoit  autour d’un feu à l’hôtel et le patron me dit que je devrais me détendre et me montre quelques techniques de yoga, bref tout se passais bien. Jusqu’au moment où le patron me dit « tu sait, le centre de méditation vipassana et moi ? on travail ensemble », je commence à piquer une crise car mon interprétation de ce qu’il me dit sur le moment est qu’il joue avec la folie de ceux qui sortent du centre vipassana, je me sent complètement trompé par cet homme parce que je lui avais fait confiance, je l’engueule et lui rappel que je lui avait dit que ce centre était un centre de torture et qu’ils jouaient avec le cerveau des gens à leur insu. Il me dit « non non vous m’avez mal compris, ce que je voulais dire c’était simplement qu’il m’achète des fleurs de temps en temps, je ne parle pas très bien anglais je suis désolé », je ne le crois pas et lui dit que je partirais dès le lendemain matin. C’est à ce moment que je me suis senti le plus déboussolé et que j’étais en réel détresse : que c’était t’il passé ? qu’est ce que le patron a tenté de faire ? comment je vais faire pour rentrer en France ?

Seconde nuit blanche et tentative pour trouver de l’aide de touristes :

La seconde nuit blanche a été parsemé de phase de léger délire et de paranoïa. En effet  vers les 4 heures du matin, j’ai voulu prendre une douche, sauf que l’eau était glacée. Je quand même voulu me laver, je me suis passé sous l’eau tout en hurlant à la mort à cause de la température de l’eau et j’ai probablement du réveiller la moitié de l’hôtel. J’avais très peur que le patron appel la police, car je me disait qu’une fois dans les mains de la police, c’était l’asile psychiatrique pour moi.

Pour la suite du récit je vais abréger sur les délires et fantasmes car ils sont beaucoup trop nombreux, mais ils ont été présent tout le long de mon retour qui a duré une dizaine de jours et m’ont suivis jusqu’en France où ils ont conservé une grande intensité, j’ai été sous traitement anti-psychotique pendant 3 mois, j’y reviendrais plus tard.

Au matin je suis allé trouver l’aide de touristes, j’ai par chance rencontré un couple de français, un jeune voyageur de mon âge et une femme qui m’ont aidé tout le long à rentrer en France. J’ai passé la nuit dans le même hôtel qu’eux et je suis resté à leurs côtés voir si mon état s’améliorait. Malheureusement ça n’a pas été le cas.

Troisième nuit blanche, celle de trop :

Les délires lors de cette nuit blanche ont été encore une fois très fort et je ne me suis plus calmé après, j’étais dans un état de semi délire semi conscience permanent.

Mes nouveaux amis ont très vite compris l’urgence et ont tout fait pour que je soit rapatrié au plus vite. Coup de fil à mes parents, aux ambassades, aux assurances rapatriement,  etc, ils ont été merveilleux. Sans eux je ne sais pas ce qui me serait arrivé. Ils m’ont accompagné dans différents hôpitaux indiens où j’ai du être observé par des médecins locaux pour la procédure de rapatriement. Ils m’ont soutenu tout le long, et au bout d’une éprouvante procédure, où l’un d’eux a même du passer une nuit blanche à mes côtés pour me surveiller (car l’hôpital ne m’acceptais pas sinon) j’ai été mis dans une ambulance et amené dans un très bel hôpital privé proche de New-Delhi en attendant que des médecins français viennent de Paris pour me ramener.

4ème nuit sous somnifère, début du rapatriement :

Bienvenu en enfer ! Lieu de repos de ma 4ème nuit.
Bienvenu en enfer ! Lieu de repos de ma 4ème nuit.

C’est donc lors de la 4ème nuit que j’ai pu trouver le sommeil et qu’un de mes nouveaux camarades a veillé sur moi, les médecins ont du me donner une dose de cheval de somnifère pour que je puisse dormir. A l’hôpital proche de New-Delhi j’étais seul, mais déjà plus calme, les médecins m’avaient je crois donné des anti-psychotiques et mes délires étaient très largement atténués. J’y suis resté environ 5-6 jours puis les médecins français m’ont rapatriés en France. Une fois en France afin de respecter la procédure et aux vues de la gravité de l’événement je suis passé par l’hôpital St-Anne où j’ai du expliquer à un médecin tout ce que j’avais vécu. J’ai été libéré et je suis rentré chez moi accompagné de mes parents. J’ai du voir un psychiatrique pendant 5 mois et prendre des antipsychotiques très puissant pendant environ 3 mois jusqu’à disparition des délires.

Conclusion :

Je n’ai pas la réponse si ce vipassana de Pushkar est une secte, néanmoins je l’ai vécu comme tel, endoctrinement, promesse d’ « éveil » de mon cul, intimidation, isolation etc. Aux vues des différents articles que j’ai vu sur le vipassana en général, la qualité de l’expérience dépendra grandement du centre de retraite que vous choisirez pour le faire, je vous conseil par exemple de ne pas le faire en Inde qui est déjà un pays spirituellement très fort et qui fait perdre facilement ses repères. Je vous conseil aussi si vous le faite, d’y aller molo sur l’acceptation de la souffrance, rien ne sert de se faire péter une durite comme moi, et de ne pas donner toutes vos affaires au début de l’expérience, gardez notamment des papiers d’identités, et vos cartes bleues.  Mon compte en banque a miraculeusement été vidé durant cet expérience. Je vous invite aussi, si ces histoires de fous vous intéressent, à lire le livre Fous de l’Inde, de Régis Airault, psychiatre ayant longuement travaillé en Inde.

Aujourd’hui je vais bien mieux, la vie a reprit son cours et je chéri le fait d’avoir retrouvé la raison. Mes amis et ma famille m’ont soutenu et ont été formidables durant toute cette épreuve qui a été aussi très dur pour eux, je pense qu’on peut comparer un ami fou à un ami mort. Voila préservez-vous et… Bonne méditation ! Je plaisante, plus sérieusement si vous avez des commentaires n’hésitez pas, à bientôt !

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